Le journal d’Hugo (17)

Le lundi 6 octobre

La soirée d’hier a été horrible; vers 19 heures, la police est entrée brusquement en criant:

“Monsieur Misha Van Chorthaus, vous êtes en état d’arrestation, sortez immédiatement de cette cabane!”

Même la police dit que c’est une cabane. Quelques minutes plus tard, elle explique la situation à maman, qui doit partir pour une certaine “garde à vue”. Misha est accusé d’être un “dealer” et maman d’être sa complice. On devra aller chez papa; mais pour le moment, nous sommes chez Tressia. Rudolph est également venu me dire au revoir et passer un dernier moment avec moi.

 

On va enfin revoir papa! Les petits déjeuners de rêves, la télé à écran plat, que du bonheur! Par contre, pour Tressia et Rudolph, c’est une autre histoire… Bref, je vais les inviter chez papa le week-end prochain, sinon je passerai une semaine sans les voir, et je ne veux pas perdre contact avec eux. Même si je ne m’entends pas avec maman, j’espère qu’elle sortira vite de prison, et surtout que ce Misha ne lui aura pas fait trop de mal.

 

Ce matin, je me réveille, le coeur lourd. Je vais à l’école, histoire de dire au revoir à mes copains, j’ai eu d’énormes difficultés à m’intégrer, à me faire apprécier par mes camarades. Mais finalement j’ai réussi, je les apprécie et je pense que c’est réciproque. À 10 heures, papa vient nous chercher, il me dit que je pourrai inviter Tressia et Rudolph ce week-end. C’est un nouveau départ pour Arthur et moi, qui dit nouveau départ, dit nouvelle vie…

Le journal d’Hugo (16)

Le dimanche 5 octobre 2014

Hier, la journée a été dramatique pour moi, j’espère que celle-ci sera meilleure. Ça devrait aller, elle pourra difficilement être pire. Je vais tout faire pour que maman quitte Misha, il faut surtout que je fasse en sorte qu’elle ne devienne pas comme lui. Quand j’ai pleuré la veille, Marley – c’est le rat de Misha – est venu vers moi, peut-être pour me réconforter; j’avoue que c’est bizarre de se faire réconforter par un rat.

J’ai donc appris qu’il était fan de Bob Marley; vu le nom de son rat – Marley – et celui de son pigeon – Bob – ça se devine. Il m’a empêché de dormir toute la nuit, a balancé du reggae dans toute la maison jusqu’à trois heures du matin. Bref.., j’ai vraiment pété un câble.

Maman est à fond dans son ambiance, je me demande bien comment elle fait: elle lui trouve quoi de bien à ce type? Il passe sa journée à fumer une espèce de grosse chicha ça s’appelle un bang. Il en a proposé à Arthur, qui a dit non. Misha a essayé de le forcer mais j’ai défendu mon frère. C’est à ce moment précis que maman est arrivée. On lui a tout raconté, elle a engueulé Misha. Même si elle est avec cette homme étrange, elle reste notre maman protectrice. Je dois déchanter.

– Tu es fou, lui a-t-elle dit, je ne veux pas que tu drogues mes enfants! La drogue c’est pas pour eux, c’est pour nous deux. Donnes-en un peu!

Ding-dong! Peut-être d’autres amis à maman? Mon coeur va rendre l’âme, je me suis évanoui.

Le journal d’Hugo (15)

Le samedi 4 octobre 2014

Désolé, mais je n’ai pas pu finir d’écrire le dernier épisode, car je me suis évanoui. La personne qui est entrée avait un style vestimentaire vraiment bizarre. Un peu à la Bob Marley. Il ne sentait vraiment pas bon. Un peu comme la cigarette, mais en plus fort. Il avait un rat sur l’épaule, tenait dans sa main droite une cage à pigeon et une bière dans la main gauche. Il avait même des dreadlocks. Maman lui a roulé une pelle devant nous. C’est à ce moment-là que je me suis évanoui: pour une fois, moi et Arthur étions synchro. A la sortie de mon évanouissement, je l’aperçois. Il me dit:

– Salut fiston!

– Euh… bonjour monsieur, qui êtes vous?

– Bah Misha, ton nouveau papa.

– Vous allez rester vivre avec nous?

– Oui, vu que je sors avec ta mère. Et puis tu peux me tutoyer!

– D’accord, comme tu veux. Tu fais quoi dans la vie?

– Je m’amuse, je fais quelques bêtises et ensuite je déménage.

– Mais tu fais comment pour gagner ta vie?

– J’ai une petite affaire qui marche assez bien.

– Bon, je te laisse, je vais pleurer dans ma chambre.

Il faut reconnaître que là c’est l’apocalypse, Marley me suit.

Qui est-ce?

Il nous envahit…

Il nous surprend…

Il nous entoure…

Il nous agite…

Il nous entraîne…

Il nous gèle…

Il nous étouffe…

Il nous paralyse…

Il nous presse…

Il nous dérange…

Nora

Perdue dans mon monde

Je suis concentrée sur mon travail, j’essaye d’avancer. L’instant d’après, je me surprends en train de regarder par la fenêtre. Mes yeux se baladent entre les maisons, les champs, les forêts, les villages voisins. J’observe tous les détails du paysage, puis je m’arrête sur les montagnes enneigées. Je lève les yeux, le ciel est couvert. Le soleil essaye de percer mais les nuages résistent. Quelques gouttes de pluie commencent à tomber, c’est le signal de me remettre au travail.

Chiara et Tina

Une histoire

Un ticket d’aller en avion, mais pas de retour, il faut absolument trouver un appartement en Suisse, sinon on sera obligé de rester en Italie. Aller avec une telle espérance là-bas, voilà le courage dont a fait preuve ce père.

Enchaînement de coïncidences, l’appel de mon père et l’appartement nous appartient. En Italie, dans cette maison miteuse, les larmes coulent sur nos visages. L’émotion est indescriptible.

Quitter cet endroit me remplit d’une immense tristesse, mes amis que je ne vais, sans doute, plus revoir. L’animation dans les rues, les coups de klaxons qui sont pourtant des habitudes qui vont être des souvenirs gravés à jamais dans ma petite tête d’enfant immature.

Nous sommes arrivés en Suisse, dans cet appartement, plus propre, plus…tout. Mais, il manquait quelque chose… Le silence régnait comme un véritable cimetière, on se demandait où les gens étaient passés. Le bruit régnait dans ce pays où l’on chante. Mais ici, la joie de vie est comme transparente.

Toujours être discret, ne pas être tactile. Les questions des jeunes enfants peuvent nous paraître si insensées, mais elles sont des faits, une réalité. Je me demandais avec ma petite taille pourquoi les Suisses qui vivent dans cette endroit magique, peuvent être si malheureux?

En Italie, on est joyeux, mais on vit avec peu d’argent, avec peu de choses. On siffle des chansons qui nous donnent envie de danser, de croquer la vie à pleine dents comme dans une sfogliatella.

Maela

A travers elle

Je vois la neige tomber au ralenti,

La pluie taper le sol,

Le vent qui fait danser les arbres,

Les montagnes enneigées,

Les oiseaux qui s’envolent,

Le soleil qui se lève,

Les maisons qui ne bougent jamais,

Les voitures coincées dans le trafic,

Elle me montre le monde qui m’entoure, à travers sa transparence.

 

Je vois mon reflet comme dans un miroir,

Mais en plus sombre,

En moins distingué,

Tout est visible,

C’est comme si tout était à double,

Un monde où tout est pareil,

Mais en même temps si différent,

Après un petit moment, je décide de me remettre au travail.

Anisha

Trop petit pour comprendre

Une route, humide, de la pluie de la veille. Vos parents sont à l’avant de la voiture. Vous êtes très jeune, si jeune que vous êtes dans un siège bébé à l’arrière. Vos parents vous aiment et ils s’aiment. Mais comme tous parents, parfois ils se disputent. Vous les regardez buvant leurs cris, sans les comprendre. Vos yeux sont attirés par un rayon de coucher de soleil à travers la fenêtre. Des gouttes d’eau font la course sur la vitre, vous souriez ! Quand un arbre s’approche très rapidement de la voiture qui dérape. La voiture est poussée hors de la route et tombe dans un fossé boueux. Vous ne comprenez pas. La voiture est retournée. Votre père est inconscient, à l’envers et un liquide rouge coule de son front et de sa bouche. Il a les yeux ouverts, mais vides. Vous entendez votre mère pleurer, ses jambes sont coincées et un tronc lui écrase les côtes. Vous la regardez crier sans la comprendre. Vous n’êtes que légèrement sonné. Il faut dire que votre siège est très sécurisé. Les bras maternels essayent vainement de vous attraper. Des petits claquements de moteur se font entendre, alors qu’un nuage sombre entre dans la voiture. Une chaleur insupportable ainsi que de la boue et de l’eau s’infiltre dans la voiture. La vitre à côté de vous est brisée et la pluie commence à retomber. Votre corps est divisé par les températures. Maman hurle, de l’essence coule sur ses jambes et glisse jusqu’à son front, alors que les vêtements de papa prennent doucement feu. Une odeur de cuir brulé envahit la voiture. Votre mère vous parle d’une voix cassée par les larmes. Pendant ce temps, votre père se transforme petit à petit en cendres. Alors vous commencez à pleurer, car c’est la seule solution pour exprimer vos émotions. Votre mère vous regarde une dernière fois avec tendresse, amour et beaucoup d’émotions pour vous dire adieu et se met à hurler car les flammes l’envahissent aussi, mais vous ne comprenez pas. Elle hurle de douleur et son dernier souffle vient se poser sur votre joue. Condamné à regarder ce spectacle terrifiant, car vous êtes solidement attaché à votre siège, vous pleurez de plus en plus fort. Les flammes arrivent vers vous mais vous êtes trop petit pour comprendre.

Melissa

21 grammes

Nous, qui n’avons pas donné le maximum
Nous, qui n’avons pas fait le classique
Nous, de parfaites photocopies, convaincues d’être spéciales
Et il n’y a pas d’étoiles
Mais nous restons quand même éveillés
Avec plus d’encre sous la peau
Que sur le chéquier
Car nous, qui au milieu de ces vipères
Pouvons vivre ensemble désormais
Eux et leurs œillères
Vous avec votre protège-dents
Et vos leçons de vie
Marquez-nous absents
Ils ont dissous nos certitudes au fond d’un verre
Maintenant j’ai plus de glace dans le cœur que dans un Jack Daniel’s
Des cœurs mécaniques pour nous, les sociopathes
Vies pourries, des parcs à thème unique
Aimons-nous, perdons-nous, ils mèneront leur enquête
Jusqu’à ce que nos larmes ne rompent leurs digues
Serrons-nous, des garrots
Nous sommes léthargiques, nous sommes des chrysalides
Nous sommes romantiques, nous sommes des sadiques
Si le monde est malade nous attendons les analyses
Plus pourris, plus fragiles
Avant le lever du Soleil, libérons-nous du froid
Couvrons-nous d’insultes
Il n’y a pas d’étoiles
Mais nous sommes quand même éveillés
Avec plus d’encre sous la peau
Que sur le chéquier
Car nous, qui au milieu de ces vipères
Pouvons vivre ensemble désormais
J’ai consommé 21 grammes de bonheur
Pour notre usage personnel
Pour m’évader d’ici
Sans aucune limite
Sans aucun bleu
Un peu plus libre
J’ai consommé 21 grammes de bonheur
Pour rêver éveillé comme il y a des années
À l’époque où même s’il n’y avait rien, la moitié suffisait
21 grammes de bonheur
Nous sommes l’effet collatéral
D’une vie mal coupée
Je regarde les plaies qu’ils nous ont laissées
Pour ensuite les recoudre
Avec une aiguille et du barbelé
21 grammes de bonheur.

Fedez

La Poupée

Chapitre 3

Les jours suivants, c’est toujours pareil: je mets Anna à un endroit et quand je reviens elle est toujours déplacée . Alors je crie : « Maman! Maman! » et là, ma maman arrive « Oui? » Je lui demande si elle touche des fois à Anna et elle me dit que non. Alors je demande à Bella, ma soeur, et toujours la même réponse: « Non ».
Alors je réfléchis. Pourquoi pas appeler un spécialiste, pour voir ce qui va pas? C’est ce que je fais. Le monsieur vient. Arrivé sur place, il inspecte les lieux et il n’y a rien de paranormal. Mais quand il entre dans ma chambre et qu’il voit ma poupée, il reste planté net. il la regarde et nous dit: « Enfermez-la le plus vite possible ». Puis il jette des sortes de cendres dans l’armoire et dit des paroles très catholiques. Il ferme à clé et nous explique que ma poupée est hantée par le diable et qu’elle peut nous tuer. Le soir, je dors quand soudain j’entends: « Morgane, Morgane ». J’allume la lumière et là c’est l’horreur: Anna est devant moi.

Morgane