... une étrange, une curieuse mélopée...

16 juin 2008

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Jack London, L'Appel de la forêt (Chapitre III: La bête primitive et souveraine)

Ici et là, Buck rencontra des chiens qui, comme lui, venaient du Sud, mais en général ils appartenaient à la race des esquimaux sauvages proches du loup. Chaque nuit, régulièrement, à neuf heures, minuit et trois heures du matin, ils entonnaient un chant nocturne, une étrange, une curieuse mélopée qui donnait le frisson. Buck y joignait sa voix avec ravissement.
Alors que l’aurore boréale épanouissait sa flamme froide dans le ciel ou que les étoiles prenaient part à la danse du gel, que la terre gisait, engourdie et gelée, sous son suaire de neige, le chant des esquimaux aurait pu être un défi lancé à la vie, mais il s’exécutait sur un ton mineur, accompagné de longs airs plaintifs et de demi-sanglots. C’était plutôt une supplique de la vie, l’expression des douleurs de l’existence. Chant très ancien, remontant aux origines de l’espèce - l’un des premiers chants d'un monde jeune, en un temps où les chants exhalaient la tristesse. Ce lamento qui troublait Buck si profondément était chargé du désespoir de générations sans nombre. Quand Buck gémissait lui-même et sanglotait, c’était en raison de la douleur de vivre qu’avaient autrefois éprouvés ses ancêtres sauvages, en raison du caractère terrifiant et mystérieux de ce froid et de cette obscurité qui pour eux étaient emplis de terreur et de mystère. L’émotion qu’il éprouvait indiquait assez combien il retournait, par-delà les âges du toit et du feu, aux origines de la vie, à l’ère où ses ancêtres hurlaient.

Jack London, L'Appel de la forêt



Jérémy Gerber (9G2)